La présentation par le gouvernement wallon, lundi, tenait de l’exercice de haut vol : faire oublier qu’il s’agit de faire des économies et que quelqu’un va payer la facture. En regardant cette conférence de presse, j’ai dû me pincer. Je n’étais pas à une présentation du budget d’une région qui court, selon le Bureau du Plan, "un risque élevé d’une dette non soutenable" d’ici la fin de la décennie.
Non, j’avais l’impression d’assister à la présentation d’un nouvel accord de gouvernement. Le ministre-président MR, Adrien Dolimont, n’a parlé que de bonnes nouvelles, de pouvoir d’achat renforcé, de soutien à l’investissement, d’accélération de la transformation, de résilience, de modernisation, de ponts entre les générations. Slide après slide, on croit presque être dans une réalité parallèle, celle d’une région où tout va bien, une Bavière sur Meuse, une Flandre sur Sambre.
La Wallonie choisit de positiver, on va le dire comme ça. Les communicants ont fait la leçon : positivons ! Arrêtons ce langage démobilisateur ! Mettons les bonnes nouvelles en grands caractères au début et mettons les mauvaises en petit à la fin ! Et d’un coup d’un seul, la Wallonie a l’air de mieux se porter que la Flandre. Regardez là-bas, le ministre-président, Matthias Diependaele, a assumé, "des mesures difficiles et impopulaires pour préserver la prospérité future de la Flandre". Chez nous, visiblement, cette "souffrance salvatrice" ça ne marche pas.
Derrière la communication, quels choix politiques ?
Il y a deux ans, après les élections, le gouvernement avait décidé de voter deux importantes réformes fiscales, sur les droits d’enregistrement et les droits de succession. Ce qui avait pour conséquence d’aggraver encore le déficit wallon.Problème, ces deux réformes étaient assez éloignées de la promesse de campagne de récompenser le travail, et des 500 euros de plus. Comme un ajustement, la réforme des droits de succession est réduite et, à la place, il y a un Job Bonus. On peut y lire une tentative de renouer avec cette promesse initiale. Ce n’est pas un hasard, le chiffre de 500 euros revient en gras, mais dans une formule moins généreuse et très conditionnelle : "Jusqu’à 500 euros par an pour les plus bas salaires".
Les économies sont nombreuses même si elles ont été repoussées en fin de conférence de presse. Pour ne citer que les masses les plus importantes : trois sauts d’index sur une série de subventions (exemple : les maisons de repos), la réduction drastique des moyens à Wallonie Entreprendre, la réforme des emplois APE dans le non-marchand, des réductions de moyens pour les pouvoirs locaux. En parallèle, les recettes augmentent grâce à la vignette automobile notamment.
Il y a surtout que la région choisit d'agraver à court terme son déficit. Les principales mesures qui permettent le retour à l’équilibre sont repoussées à 2029, année électorale. Année peu propice à des économies douloureuses. C’est sûr, malgré l’optimisme affiché hier, il reste d’importantes questions qui pèsent sur la crédibilité de ce budget dans les prochaines années.